Quel emploi après le CFJ ?


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Publié le lundi 8 novembre 2004 par Anciens CFJ dans la catégorie Nouvelles des anciens

Que deviennent les étudiants sortis du CFJ ?
Trouvent-ils rapidement un emploi stable ?
Vers quel type de média s'orientent-ils ?
Combien gagnent-ils ?

Pour le savoir, nous avons interrogé les anciens élèves des promotions 1997 à 2001. Voici leurs réponses ainsi que de nombreux témoignages.


[quote]Enquête réalisée en novembre-décembre 2002 auprès des promotions 1997 à 2001 (227 diplômés au total).
223 questionnaires ont été envoyés. Nous avons reçu 114 réponses qui se répartissent de la manière suivante :
1997 : 24 réponses | 1998 : 24 | 1999 : 23 | 2000 : 24 | 2001 : 19.[/quote]
"A votre sortie du CFJ, avez-vous effectué un stage de sortie ?"
Oui : 91 %
Non : 9 % (dont 1 parti en coopération et 1 embauché directement).

"Votre situation en octobre de l'année de sortie ?"
Pigiste : 37 %
CDD : 43 %
CDI : 5 %
Chômage : 4 %
Service militaire,/coopération : 11 %

"Quelle est votre situation actuelle ?"
Pigiste : 36 %
CDD : 22 %
CDI : 38,6 %
Demandeur d'emploi : 1,7 %
Autre : 1,7 %

"Dans quel type de média travaillez-vous ?"
Presse écrite : 56 %
Radio : 10 %
Télévision : 29 %
Multimédia : 5 %

"Votre salaire mensuel brut ? (pour les pigistes, donnez le salaire moyen sur une année)"
Moins de 1300 E : 7 %
1300 E à 1500 E : 13 %
1500 E à 2000 E : 19 %
2000 E à 2500 E : 33 %
2500 E à 3000 E : 17 %
3000 E à 4000 E : 9 %
+ 4000 E : 2 %

"Avez-vous votre carte de presse ?"
Oui : 94 %
Non : 6 %

"Etes-vous inscrit à l'ANPE ?"
Oui : 34 %
Non : 66 %

"L'avez-vous été depuis votre sortie ?"
Oui : 47 %
Non : 53 %

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Un début de carrière de plus en plus difficile



Deux jeunes diplômés sur trois sont en situation professionnelle précaire.
S'il n'y avait qu'un seul chiffre à retenir, ce serait celui-ci : 58 % des diplômés des années 1997 à 2001 sont aujourd'hui en CDD ou pigistes.

Certes, les situations varient, les promotions les plus anciennes regroupant logiquement plus de CDI que les plus récentes (
voir tableau). Mais globalement, tous médias confondus, le statut de salarié devient de plus en plus rare.

En 1993, le CFJ avait déjà interrogé les jeunes anciens sur le même thème :
sur 148 réponses (promotions 1986 à 90), 62 % disaient bénéficier d'un CDI à la date de l'enquête (mars 1992), 19 % avaient été embauchés à la suite de leur premier CDD après leur sortie du CFJ.

Ils ne sont que 5 % dans cette dernière enquête.

Conséquence logique de cette précarité accrue, près d'un jeune ancien sur deux dit être passé par la case ANPE.

Une orientation importante vers la presse écrite

Dans ce contexte difficile, c'est encore vers la presse écrite et surtout les magazines que se dirige la majorité des jeunes journalistes. Mais avec des différences importantes selon les secteurs.

Ainsi, seulement deux anciens nous ont indiqué travailler dans la presse quotidienne régionale.

A Paris, quelques (rares) entreprises comme l'AFP ou Libération (jusqu'en 2000) continuent à embaucher régulièrement. A noter qu'il y a 10 ans, 30 % des anciens travaillaient en presse quotidienne parisienne (pigistes et CDI).

En revanche, les CDI sont peu nombreux en presse magazine. C'est dans ce secteur que l'on trouve une écrasante majorité de pigistes.

En audiovisuel, les chaînes publiques et privées intègrent bon an mal an quelques diplômés, les radios très peu. Quant au multimédia, il est à l'image de ce secteur : fermé.

Un pouvoir d'achat en baisse

Dans l'enquête de 1993, la répartition des salaires s'établissait de la façon suivante :
5/8 000 F : 8 %
8/10 000 F : 11 %
10/12 000 F : 24 %
+ 12 000 F : 56 %


En les comparant avec les réponses à la question "Votre salaire mensuel brut ?", on constate que l'éventail des salaires n'a guère changé. Le montant non plus, au détail près que dix années d'inflation n'ont pas été prises en compte !

Conclusion : les jeunes journalistes sont de moins en moins bien payés. On le savait déjà, mais on en a ici une nouvelle fois confirmation.

La carte de presse : une formalité

Seul point positif : à une exception près, aucune personne interrogée ne nous a indiqué avoir rencontré des difficultés pour obtenir sa carte de presse. Deux se la sont vu refuser pour manque de continuité dans les revenus, deux autres ont cessé de la demander.

Enfin, nous leur avons demandé si certains d'entre eux avaient abandonné la profession. Une seule personne nous a indiqué s'être réorientée vers un autre métier (5 il y a dix ans, reconverties dans l'édition ou la communication). Mais plusieurs l'envisagent sérieusement.

Combien seront-ils dans les mois, les années à venir à quitter le journalisme ? L'actualité n'incite guère à l'optimisme.

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Formez les étudiants à la pige !


Le reproche est unanime : qu'ils soient intégrés dans une rédaction ou indépendants, tous les jeunes anciens déplorent de ne pas avoir été mieux informés sur le monde du travail et surtout mieux préparés à affronter les mille et une difficultés rencontrées par les pigistes.

"En deux ans, explique Catherine Weibel (2001), nous avons eu une après-midi de cours sur les piges ! Or c'est devenu le seul moyen de survie d'un certain nombre d'entre nous. Le CFJ ne nous a jamais préparé à affronter un marché du travail morose. Toute la scolarité s'est déroulée comme si 100% des élèves allaient trouver un CDI dans un média prestigieux sitôt diplômés. L'école était complètement déconnectée des réalités économiques."

Salaire, feuille de paye, Assedic, mais aussi savoir vendre un sujet, comment fonctionne une maison de production, qui contacter, etc, les suggestions sont multiples (lire les témoignages). Une formation complète sur ce thème semple indispensable.

dossier après le cfj


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Témoignages



Deux questions complétaient ce questionnaire :
  • estimez-vous que le CFJ vous a suffisamment préparé(e) au métier de journaliste ?

  • quel regard portez-vous aujourd'hui sur ce métier par rapport à vos attentes lorsque vous êtes entré(e) au CFJ ?


La plupart des personnes interrogées y ont répondu. Les témoignages sont variés, très riches d'enseignements. Nous en publions plusieurs ici.



"Un retour vers le 19 ème siècle"
"Je n'ai rien à redire sur le contenu de la formation reçue au CFJ : de qualité, qui me permet de rendre des papiers corrects à mes différents employeurs.
En revanche, je regrette le peu d'heures qui ont été consacrées au métier de pigiste… Parfois, je repense aux trois journées de cours de « management des entreprises de presse » qui nous ont été dispensées… Après un an de tâtonnements et de galères diverses, je commence à peine à réaliser ce qui m'arrive, à tenter de professionnaliser un peu une pratique anarchique.
J'aurais aimé être mieux préparée à affronter l'employeur seule à seul, dans une relation qui s'apparente plus à celle d'un vassal à son suzerain que d'un salarié traditionnel à son patron. Bref, je ne m'attendais pas du tout à devoir faire un retour vers le 19 ème siècle, avant la mise en place des lois sociales ! Oubliés les congés payés, les tickets resto, le travail en équipe, le respect de la déontologie… me voici dans la galaxie du contrat oral, des ordres contradictoires, de la facture téléphonique au bord de l'explosion ! Et si encore en faisant son travail correctement on avait une chance de s'en sortir. Mais non, coco, on n'est plus à l'école. T'as pas de relations, t'es le fils de personne ? Alors trime, baisse tes tarifs en attendant qu'un de tes copains de promo te dégotte un plan un peu moins minable, un peu plus lucratif ! Merci le CFJ pour les copains de promo !
Pour finir, je l'aime quand même ce foutu métier mais je suis effrayée par la situation plus que précaire dans laquelle vivent de nombreux journalistes (pas tous jeunes, malheureusement)."
Promotion 2001




"Je ne crains plus la pige"
"Il manque certainement une approche de la « vraie vie » du métier : la précarité, la pige, les Assedics, etc. Le CFJ nous forme comme si nous étions toujours destinés à devenir des cadres au Monde ou à l'Obs, mais cette époque est révolue : nous galérons, à peine moins que les autres jeunes diplômés, et devons jouer des coudes pour vivre décemment. Mes constatations répondent bien à mes croyances pré-CFJ : je ne me faisais pas beaucoup d'illusions sur la probité et l'enthousiasme intellectuel de la plupart des journalistes… Par contre, je craignais la pige et ne la crains plus aujourd'hui : c'est très agréable d'être pigiste quand on a du boulot."
Promotion 2000




"Les efforts ne sont pas toujours payants"
"Le CFJ m'a préparée à la radio au sein d'une rédaction… Reconvertie en presse écrite, je n'ai pas été préparée à la vente des papiers auprès des rédactions, à la mauvaise foi et aux arnaques des rédacteurs en chef, à la difficulté de se faire payer en temps et en heure. Déçue par le métier et par la valeur qui lui est accordée par les rédactions: paiement ridicule au feuillet sans prise en compte des efforts en amont et des frais, sujet refusé puis lu deux mois après dans la même publication, suivi inexistant de la copie et des sujets… Je suis surtout déçue de constater que les efforts ne sont pas toujours payants (loin de là), que même après des mois de pige régulière et "réglo" (papiers rendus à temps, infos rigoureusement vérifiées, angles et calibrages respectés…) les rédactions peuvent rester silencieuses pendant des semaines malgré les relances… Bref, je me demande parfois comment tournent certains journaux quand je vois le manque d'organisation de la rédaction en chef. Enfin, le paiement des piges reste souvent aléatoire (tarifs flexibles incluant 13e mois et congés payés, papiers non publiés donc non payés…). Pourtant, comment ferait la plupart des rédactions sans les pigistes ? Il reste heureusement quelques motifs de bonheur, ceux pour lesquels je fais ce métier: rencontrer des gens intéressants, vivre des moments précieux, et les partager avec le lecteur."
Promotion 1998




L'envie de "tout plaquer"
"Préparation de qualité, c'est certain. Mais la réalité est tout autre.
La pratique du métier, sa dérive inexorable vers une fonction de technicien de l'information destiné à alimenter un robinet d'infos de qualité variable mais souvent médiocre, me conduisent à m'interroger et me font balancer entre une humeur défaitiste - « tout plaquer » pour faire autre chose - et l'envie peut-être illusoire d'en découdre encore et toujours pour contribuer, à ma modeste échelle, à redresser la barre."
Promotion 1998




"Des pressions multiples"
"J'estime avoir reçu une très bonne formation au CFJ, qui me permet d'être aujourd'hui polyvalente (rédactrice, JRI partant seule sur la terrain, camérawoman en équipe…), même si j'ai dû me former par la suite sur différents domaines : la vidéo numérique ; la réalisation de documentaires qui nécessite une approche plus « personnelle » qui fait peut être défaut dans l'enseignement assez classique du CFJ.
Globalement, je pense que le métier de journaliste est en danger à cause des pressions multiples que nous subissons dans la plupart des rédactions (formatage des sujets ; manque de temps pour l'enquête et le tournage des reportages ; désintérêt pour les sujets qui ne sont pas de « proximité » avec primauté donnée à l'émotion sur le fond ; etc.). J'ai heureusement trouvé à Arte de nombreuses occasions de faire des sujets « de fond », notamment à l'étranger, mais mon insatisfaction quant aux reportages « news » me conduit à me diriger de plus en plus vers le format long, et particulièrement le documentaire et le magazine. "
Promotion 1998




Le cynisme vis-à-vis des débutantes
"Mes deux années au CFJ ont été les plus riches et la plus exaltantes de ma vie à bien des égards. J'ai beaucoup appris. Mais une école peut-être vraiment préparer un jeune enthousiaste au cynisme et au manque de respect qui sont le quotidien des journalistes débutants, en particulier celui des filles ? Alors on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a et ce qu'on sait."
Promotion1998




"Nous ne sommes pas préparé au grand saut dans la vie professionnelle"
"J'ai appris au CFJ les bons réflexes de journaliste, à rendre une copie "propre", à hiérarchiser l'information. Mais le CFJ ne prépare absolument pas les étudiants au grand saut dans la vie professionnelle : comment rédiger un CV de journaliste, mettre en valeur certaines expériences même minimes (bien "se vendre"), comment utiliser les réseaux (d'anciens notamment), comment proposer des idées de piges sans se les faire "voler", quels tarifs demander, etc. Aucun conseil sur les "voies de traverse" en conjoncture difficile : à force de ne vanter que les mérites de la "grande presse" (PQN généraliste) par une sorte de snobisme complètement archaïque, le CFJ oublie de nous aiguiller vers la presse magazine, spécialisée, ou la presse éco par exemple (plus d'opportunités de job qu'ailleurs, j'en sais quelque chose). L'école a tendance à conseiller de ne se frotter qu'aux titres prestigieux : mais quelques piges à droite à gauche ne font qu'un parcours chaotique difficilement présentable à un rédac chef. Elle devrait au contraire encourager les jeunes sortant de l'école à accepter avec un peu d'humilité de viser plus bas au départ pour monter ensuite en puissance. Le CFJ n'insiste pas assez sur la nécessité de parfaire la formation à la sortie en se "posant" quelques mois dans un rédaction pour en comprendre le fonctionnement. D'autant que les petites structures permettent de mieux appréhender toute la chaîne de fabrication d'un journal.
J'étais surtout surprise et évidemment déçue de l'attitude globalement très "après nous le déluge" de la direction, en clair débrouillez-vous en sortant de l'école, chacun pour soi. D'autant qu'elle nous décourageait de faire des piges pendant le cursus (une façon pourtant de se mettre le pied à l'étrier non ?), faisant même des remontrances à certains étudiants trop "émancipés" qui avaient la chance d'avoir déjà un pied dans une rédaction... Paradoxal pour une école voulant dispenser un enseignement professionnel."
Promotion1997




"Des élèves imbus d'eux-mêmes"
"Non, je pense que la formation était malheureusement bien légère par rapport à la réalité du boulot (en particulier dans les grands quotidiens nationaux...). On ne nous a pas assez fait assez réfléchir sur les grandes problématiques du métier (qu'est-ce que le direct, qu'est-ce que l'"objectivité" dans les médias...). On aurait pu étudier le côté partisan des journaux, le traitement réservé aux femmes, aux minorités, aux infos économiques ou scientifiques (que très peu de journalistes maîtrisent) : ça aurait été intéressant et plus intellect.
En fait, la formation s'appuyait complètement sur les études qu'on avait faites auparavant. Donc, on n'apprenait plus grand-chose (mais ce devait être voulu). Personnellement, je pense aussi que je manquais d'une vraie culture générale.
Par ailleurs, la formation ne semblait pas avoir évolué depuis des années.
En entrant au CFJ, j'idéalisais complètement ce métier. Au bout d'un an, j'avais compris... Ce que je reproche principalement aux journalistes (même les meilleurs) est qu'ils refusent totalement l'autocritique. Cela se constatait déjà à l'école. Certains élèves étaient imbus d'eux-mêmes à un point inimaginable. Ils avaient tout vu, ils savaient tout, ils comprenaient tout et ils plaçaient les gens dans des cases pré-établies. C'est un travers que l'on retrouve ensuite chez la majorité des journalistes, et qui ne fait qu'empirer. Dommage, donc."
Promotion1997




"Manque de contacts avec la profession"
"Je trouve que la formation du CFJ était parfaite pour les techniques de base du journalisme qui permettent par la suite de se glisser dans tous les moules. Mais, en tant que tel, cet enseignement n'a pas besoin de durer deux ans.
La durée relativement longue de la scolarité n'a pas été assez bien utilisée à mon avis pour nous pousser à établir des contacts avec la profession. J'aurais préféré être encouragée dès le départ à proposer des piges ici et là. Il manquait un partenariat concret avec un média qui nous aurait permis de mettre en pratique tout de suite ce que nous apprenions. "
Promotion 1997




"Plus de collaborations avec les rédactions"
"Le CFJ prépare bien à la profession mais le marché du travail est difficile pour tout le monde. Je pense que les collaborations avec les rédactions, au cours de la scolarité, sont à développer encore davantage pour ne jamais isoler les étudiants de la réalité du marché et pour les aider à tisser un réseau de relations (J'ai été très content de travailler pour Radio France Internationale et France Info pendant ma scolarité)."
Promotion 2000




"Former aux méthodes d'enquête télévisuelle"
"La formation au CFJ - notamment en télévision - insistait un peu trop sur la forme (voix, écriture, construction) et pas assez sur le fond (comment collecter l'information). Je regrette par exemple qu'on ne nous ait pas formé aux méthodes d'enquête télévisuelle, très différentes du travail de presse écrite (car le comportement des interlocuteurs est forcément différent devant une caméra que devant un calepin et un stylo). Ni à la construction d'un sujet magazine. C'était uniquement du « news » formaté, 2 minutes grand maximum, sonores limités à 20 secondes. Certes, on commence tous en général dans la profession par du « news » et des « cabines », avant de faire du reportage, de l'enquête ou du magazine. Mais cela n'aurait pu qu'enrichir notre palette journalistique, et nous préparer à autre chose qu'être une voix off bien calibrée pour chaînes d'information en continu. On nous a appris à faire de la télévision et non du journalisme à la télévision.
Quant au regard porté sur la profession, il n'a pas changé. Je relativise davantage certaines choses aujourd'hui. Mais je continue de l'exercer avec la même ambition et le même enthousiasme."
Promotion 2000




"Il n'y a pas que le JT"
"Je ne regrette pas un seul instant d'avoir passé deux ans au CFJ. Pour ce qui concerne la formation de rédacteur télé (spécialisation que j'avais choisie), on est plutôt bien préparé à intégrer une rédaction qui traite les sujets d'actualité pour le JT. En revanche, quand on sort de l'école, les boîtes de prod, les chaînes du câble et le magazine, c'est terra incognita… et c'est un peu dommage, parce que le paysage télé évolue et que le boulot se trouve aussi ailleurs. Evidement, le B.A.-BA, c'est de savoir faire un 1'30'', mais a posteriori, je me dis que j'aurais aimé avoir quelques cours de présentation de la jungle audiovisuelle, de rédaction de synopsis et de démarchage des producteurs… de survie dans le monde de la pige télé quoi ! Vous me direz peut-être : savoir se vendre, ça ne s'apprend pas à l'école… "
Promotion 2000




"Des patrons déconnectés de la réalité"
"La formation pour notre promo s'est révélée assez adaptée. il nous manque cependant quelques infos sur la situation du pigiste, comment s'y préparer, surmonter les périodes de galères, savoir être patient etc…….
Depuis 4 ans d'exercice en presse TV, j'ai sans doute perdu quelques illusions sur le rôle des médias (TV comme presse écrite). Je n'ai jamais trahi mes convictions en faisant un sujet, mais le résultat global du traitement de l'info reste très éloigné de mes attentes, de ma perception de la réalité sur le terrain. Ce sont les patrons de chaîne, de journaux qui font l'info, sans même savoir ce que signifie de vivre avec un SMIC ou un RMI. Il prétendent répondre aux attentes du public en restant depuis des années déconnectés de la réalité. bref les journalistes sont des ouvriers de base, et même s'ils sont consciencieux (ce n'est pas toujours le cas), la résistance interne est vaine… La campagne présidentielle n'a fait que confirmer ce que je percevais depuis plusieurs mois, aucune leçon n'en a été tirée. J'espère à présent réussir à me reconvertir dans le magazine ou le documentaire TV mais même dans ce créneau les émissions s'entre tirent vers le bas, la place se fait rare. A 28 ans, je sais que je ne ferai pas ce métier toute ma vie, c'est dommage car il peut être l'un des plus beau…"
Promotion 1998




"Un centre de formatage plutôt qu'un lieu d'études"
"Parce que l'enseignement au CFJ est dispensé pour l'essentiel par des journalistes actifs et non par des enseignants à temps plein, je pense qu'il donne une idée assez juste de ce qu'est la profession.
Je regretterai toujours que le CFJ soit plus un centre d'apprentissage et de formatage qu'un lieu d'études, de réflexion et de remise en cause des pratiques journalistiques…Mais en tant qu'école d'apprentissage il donne quelques moyens concrets de se faire une place dans le milieu, surtout l'enseignement de la télévision.
Cela dit je pense que le plus utile quand on sort du CFJ, c'est le label « CFJ », plus que le savoir qu'on y a acquis, lequel m'a laissé un peu sur ma faim, surtout pour la partie presse écrite où j'estime ne pas avoir appris grand chose.
Pour ce qui est de mon regard sur ce métier, je n'avais aucune illusion de départ. Avant de faire cette école, je trouvais déjà la presse française d'un niveau affligeant. Sans idée, sans courage, suiviste. Prête pour n'importe qu'elle propagande officielle. Maintenant, je comprends mieux pourquoi elle en est là. Et je fais juste mon possible pour ne pas céder aux réflexes et aux modes de pensée journalistiques."
Promotion 1997




"Des enseignants intraitables"
"J'estime que le CFJ m'a donné d'excellentes bases, notamment grâce aux cours de TBR. Nos enseignants étaient intraitables sur la rigueur, la déontologie, le recoupement des infos. Par contre, l'enseignement presse écrite du CFJ reste essentiellement tourné vers la presse quotidienne. Je ne connaissais presque rien au fonctionnement et au style de la presse magazine, il a fallu apprendre sur le tas."
Promotion 2000




"Payer les gens au minimum"
"Oui. Mais grosse difficulté à trouver une situation stable.
En PQR, paupérisation visible depuis environ une quinzaine d'année (voir salaires des gens arrivée depuis moins de quinze ans), et volonté de payer les gens au minimum possible. Exemple: mon rédacteur en chef m'a proposé de manière tout à fait volontaire l'indice 110 lors de ma titularisation, alors que l'indice minimal SR est de 120. Il m'a suffi de le faire remarquer pour obtenir satisfaction, mais on avait quand même essayé..."
Promotion1999



"Une bonne préparation au journalisme policé"
"À mon sens, le CFJ prépare bien à un journalisme un peu « institutionnel » et policé, destiné aux futurs cadres de presse. Dommage que la formation ne nous fasse pas approcher des formes de journalisme plus irrévérencieuses ou plus « aventureuses » et bride beaucoup les ambitions dans ce domaine. Sur le plan « scolaire », c'est OK, sauf peut-être la formation JRI qui, dans ma promo particulière, fut pleine de lacunes.
J'étais rentré au CFJ avec le rêve sans doute un peu immodeste de devenir « grand reporter » ou reporter d'investigation, avec tout ce que cela comportait de mythique. Les réalités modernes de la presse en général et de la TV en particulier m'ont quelque peu fait déchanter… mais je persévère."
Promotion 1997




"La précarité plutôt que l'ennui"
"Je ne pensais pas en entrant que je serai pigiste. Je ne pensai pas que cela pouvait être aussi précaire. Maintenant que je suis journaliste indépendante, que je me débrouille et que j'en vis, je sais que j'en suis capable et je préfère rester dans cette situation (précaire, mais au moins pas routinière) plutôt que de m'ennuyer dans un poste sous prétexte que c'est un CDI. Autant profiter de la liberté que confère le statut de pigiste et varier les expériences. Tant que je n'ai pas trouvé quelque chose qui me plaît vraiment, je préfère rester pigiste. Je ne l'aurais jamais cru avant !"
Promotion 1999




"Bénéficier de l'expérience de pigistes endurcis"
"Du point de vue technique, rien à dire. La formation que j'ai reçue en édition était excellente et m'a permis de débuter en confiance. Même s'il n'est pas évident de changer de média après coup (comme je l'ai fait en passant à la radio) l'inititation à tout type de support dispensée au CFJ offre les bases suffisantes. Mais du point de vue du marché du travail, le CFJ prépare mal à la précarité pourtant indissociable de ce métier (surtout dans les premières années… tout le monde ne gagne pas une bourse !). On s'improvise donc pigiste sans avoir toutes les armes à sa disposition. Une connaissance approndie des entreprises de presse existantes (boîtes de prod', presse pro, presse magazine, radios locales, postes à l'étranger etc…) et de leur fonctionnement permettrait d'étendre le champs de ses recherches. D'autre part il serait intéréssant de bénéficier à l'école de l'expérience de pigistes « endurcis », en plus des nombreuses rencontres avec des journalistes solidement établis -qui restent bien évidemment essentielles. "
Promotion 1999




"Ne jamais lâcher"
"Le CFJ m'a préparé concrètement, par sa formation, au métier de journaliste, mais je n'ai pas été préparée à affronter le milieu du travail, et surtout la recherche d'emploi. Dans mon cas je n'ai pas obtenu de stage de sortie et comme il est déconseillé de démarcher par soi-même, quand on arrive dans les rédactions, on a l'impression d'avoir un train de retard par rapport aux autres. Les chefs de rédactions, DRH, se posent la question : pourquoi n'avez-vous pas eu de stage à la sortie du CFJ ? .Je pense qu'il faudrait préparer les élèves à chercher un travail par eux-mêmes, à leur expliquer comment fonctionne une société de production, quels sont les moyens et la manière de présenter un projet de reportage, comment trouver les bons interlocuteurs, les aides financières pour réaliser un projet…Par ailleurs, il est vrai que les JRI sont très recherchés, et je pense qu'une formation à la caméra est absolument nécessaire aujourd'hui, compte tenu de l'évolution du milieu audiovisuel. Cette formation devrait se faire au tout début de la spécialisation, pour que chaque élève puisse choisir en connaissance de cause.
Mon regard sur le métier de journaliste a sensiblement changé. Quand je suis entrée au CFJ, je me disais que j'allais faire du reportage tout de suite, et que grâce à cette école, tout irait comme sur des roulettes mais rien ne s'est passé comme cela. Malgré la formation, il est difficile de rentrer dans une rédaction audiovisuelle, le milieu est très petit et fermé. Il faut avoir un minimum de relations pour savoir si l'on recherche quelqu'un dans telle ou telle rédaction. J'essaie de monter des projets, de les proposer à des sociétés de production et j'apprends beaucoup. Il ne faut jamais lâcher."
Promotion 2001




"Mieux apprendre le magazine télé et le documentaire"
"Le début de la carrière dépend trop du stage de sortie du CFJ. Si on est placé dans une voie de garage (type France 3, qui n'offre aucune opportunité d'embauche avant une dizaine d'années si on n'est pas pistonné) on se retrouve un peu seul à la fin du stage.
Concernant la section Télévision, l'enseignement est beaucoup trop orienté « News » et plus particulièrement TF1 et LCI (à mon époque du moins). C'est dommage, il y a tellement de choses à faire différentes (type magazine ou documentaire). Il aurait peut-être fallu intégrer à un moment un module d'initiation au magazine et au circuit « sociétés de production » et « agences de presse audiovisuelles », qui est très compliqué à comprendre quand on commence à s'y intéresser. On pourrait par exemple nous apprendre à écrire un dossier pour proposer un magazine ou un documentaire. Je pense aussi qu'une initiation à la « réalisation magazine » ne ferait pas de mal et servirait aussi bien à ceux qui se destinent au « news ». Autre problème concernant cette section : on ne rencontre que des intervenants qui appartiennent aux rédactions de France Télévision ou de TF1. Le PAF est beaucoup plus vaste pour un journaliste !"
Promotion 1999




"Explorer des pistes à l'étranger"
"Le CFJ prépare relativement bien au métier de journaliste dans un cadre bien défini, au sein d'une grande institution de la presse française, nationale ou régionale par exemple. Nous avions à notre sortie du CFJ les fameuses techniques de base, les connaissances fondamentales pour écrire. Mais je trouve que le CFJ manque quelque peu d'ouverture d'esprit : jamais par exemple, la piste d'aller à l'étranger en tant que correspondant ou même pigiste ne nous a été suggéré. C'est contraint et forcé que je suis allé à l'étranger, puisque je devais faire mon service militaire : j'ai eu la chance de le faire en coopération à Londres, puis pour des raisons personnelles, je suis allé à Berlin, avant de retourner à Londres. Même si l'expérience peut être parfois difficile d'un point de vue financier - allez convaincre un journal français de prendre votre article sur les difficultés économiques de l'ex Allemagne de l'Est, ou comment vivre à Londres avec un loyer de 4000 FF et une pige hebdomadaire de trois feuillets payés 300 F/le feuillet--, elle est très formatrice, ouvre vers d'autres horizons et media, la presse spécialisée et professionnelle notamment.
Il est, c'est vrai, plus facile d'être indépendant à Londres qu'à Berlin ou toute autre capitale en Europe ou ailleurs. Mais je crois que cette piste de l'étranger devrait être suggérée sans bien sûr l'idéaliser. Ce n'est pas de tout repos, demande une certaine discipline personnelle, beaucoup de persévérance, mais c'est une autre façon de débuter dans la profession, pour éviter l'encombrement en France.
Promotion 1997




Peu de respect pour les journalistes
Le CFJ est une très bonne école, mais ne prépare pas à un secteur en crise (quelle école le fait?) Aujourd'hui je vois le journalisme beaucoup plus comme une industrie, sujette aux lois du marché et de l'économie, que comme une profession qui joue un rôle dans la démocratie. Les deux sont peut-être compatibles, mais je n'ai pas eu l'occasion de travailler dans un média qui y parvienne.
Je suis surtout déçue par le peu de respect que les médias ont pour ceux qui les animent, les journalistes. Mis à part dans les entreprises publiques, nous ne sommes en général que des exécutants qui n'ont d'autre choix que de faire bêtement ce que l'on nous demande, sans pouvoir avoir une opinion, et surtout sans pouvoir l'exprimer tant le statut est précaire.
Promotion 1999

1 commentaire(s)

vendredi 23 septembre 2005 19:58 par gregoire.lemarchand
L'horizon obscurci des apprentis journalistes
Dans un secteur qui connaît des crises cycliques, la formation initiale reste un sésame pour les meilleurs postes. Mais avec la multiplication des écoles labélisées, les choses se compliquent.

Àquelle porte frapper pour suivre la meilleure formation ou pour recruter là où se fabriquent les faiseurs d'opinion de demain ? Quelle est la meilleure école de journalisme en France ? Impossible à l'heure actuelle de répondre avec certitude. Les données chiffrées sont inexistantes. Pas de classement, pas de concours national. Pourtant, à cette même question posée il y a dix ou vingt ans, la réponse aurait fusé : Centre de formation des journalistes (CFJ) à Paris, École supérieure de journalisme (ESJ) à Lille. Longtemps, la voie royale pour accéder au saint des saints du journalisme - Le Monde, Le Figaro, Europe1, RTL... - se limitait à ces deux écoles. Comme le résume un ancien, le choix était relativement simple : c'était Paris ou Lille. « Ce n'est plus le cas aujourd'hui », reconnaît avec une grande franchise Fabrice Jouhaud, directeur du CFJ. Cette situation a perduré sans grand changement pendant près de cinquante ans : de 1947, date de la création du CFJ, à 1999, lorsque l'école dépose le bilan. Ses jeunes diplômés se trouvent confrontés à ce séisme alors que la réputation du CFJ est à son sommet. Les autres formations, qui bénéficiaient déjà d'un certain prestige, comme le Centre universitaire d'enseignement du journalisme (Cuej) à Strasbourg, l'Institut pratique du journalisme (IPJ) à Paris, le Celsa à Paris, profitent naturellement du doute qui s'installe sur l'avenir de la « maison » CFJ. La situation se complique un peu plus avec la relance, en 2000, du processus de reconnaissance professionnelle de nouvelles écoles : École de journalisme de Toulouse en 2000, Institut de la communication et des médias à Grenoble et IUT de Lannion en 2003, Institut français de presse à Paris en 2004.

Des emplois attribués sur concours

La reconnaissance fait figure de sésame pour les écoles de journalisme et leurs étudiants. Il y a celles qui sont « reconnues » par la profession (très exactement par la Commission nationale paritaire de l'emploi des journalistes, le CNPEJ) et les autres. La situation est d'autant plus tendue que ces labélisations à répétition interviennent dans un contexte de l'emploi particulièrement morose. Érosion des ventes des journaux, crise publicitaire, contrecoup des 35 heures, explosion de la bulle Internet ont conduit depuis 2001 à une raréfaction des créations de postes et à une multiplication des emplois précaires, piges ou contrats à durée déterminée (CDD). Pour les écoles « installées », cet afflux de nouveaux entrants est un coup dur : le montant de la taxe professionnelle et le volume de stages en entreprise (inchangés) sont à partager non plus en huit, mais en douze... Pour les entreprises de presse, plus les formations sont nombreuses, plus il est difficile de détecter les meilleurs éléments, les futurs présentateurs vedettes, rédacteurs en chef, grands reporters, etc. C'est pourquoi les plus sollicitées d'entre elles ont choisi de distribuer leurs contrats à durée indéterminée par voie de concours : l'AFP (qui a récemment cessé de recruter pour des raisons budgétaires), Reuters, RTL, L'Équipe, Prisma Presse, etc. « C'est une étape supplémentaire, se désole Grégoire Lemarchand, président de l'association des anciens élèves du CFJ. Après des études parfois longues, des concours d'entrée aux écoles de journalisme, il faut encore passer des concours pour obtenir un poste... » Si la profession de journaliste a toujours connu la précarité professionnelle initiale (stages, piges, CDD), celle-ci s'est accentuée. « La précarité s'est allongée de 24 à 30 mois en moyenne », détaille Alain Chanel, directeur du Cuej à Strasbourg. « L'" effet sas " est devenu structurel », constate Denis Ruellan, directeur du département journalisme à l'IUT de Lannion. La raison ? Didier Scheramy, responsable de la formation journalisme à l'IUT de Tours, y voit la généralisation de la crise à tous les supports d'information. « Les médias ont toujours connu un phénomène d'oscillation de l'emploi, rappelle-t-il. Ce qui est nouveau, c'est que tous les médias sont touchés : ni la presse, ni la télévision, ni la radio ne recrutent. » Résultat, « il n'y a plus de trajectoire linéaire et directe ». Envolée, la quasi certitude d'obtenir un poste fixe après avoir multiplié les CDD pendant un ou deux ans dans l'audiovisuel ou les piges dans la presse. Si les responsables des formations comprennent les raisons de ces tensions à l'intégration des jeunes diplômés, ils regrettent l'abandon d'une certaine éthique, d'une forme de compagnonnage, d'une « relation privilégiée », ils dénoncent parfois le « cynisme » des entreprises de presse... « Les sociétés de médias sont en train de mettre en place une méthode de management de dérégulation, constate Denis Ruellan, de l'IUT de Lannion. Or l'allongement de ce "sas" permet aux entreprises de rendre les jeunes diplômés plus malléables, de raboter leurs ambitions. » Pas de problème, diront certains, seuls les meilleurs sortiront du lot... Une logique que Denis Ruellan réfute, tout comme Gaël Le Dantec, responsable de la filière journalisme de l'IUT de Bordeaux. « Ce discours n'est pas sain. On sait que les médiocres aussi savent durer... », estime le premier. « Qui sont les meilleurs ?, s'interroge le second. Ceux qui ont les moyens de supporter cette précarité ? »

Annuaires mirages

Pourtant, il y a du travail pour une majorité de jeunes journalistes, assurent la plupart des formateurs. « Le placement des étudiants dans la presse hebdomadaire régionale est assuré à 100 %, souvent même avant leur sortie. Ceux issus de la " filière agricole " aussi », indique Loïc Hervouet, le directeur de l'ESJ de Lille à propos de ses filières spécialisées. Idem à Toulouse ou à Bordeaux, où l'on rappelle les embauches régulières effectuées par les quotidiens régionaux. « Les écoles continuent à " fabriquer " des étudiants qui ne voient a priori comme débouchés que les grands médias d'information générale », regrette Christine Leteinturier, professeur à l'Institut français de presse. « Le vrai danger pour les étudiants bardés de diplômes, c'est que la lecture de l'annuaire des anciens - où les célébrités du métier et les rédacteurs en chef sont nombreux - crée une espèce de mirage », confirme Grégoire Lemarchand. Un décalage entre mythe et réalité qui fait tirer le signal d'alarme à François Boissarie, délégué général du Syndicat national des journalistes (SNJ) : « Attention, on est en train de former des promotions de chômeurs ! » Seule certitude dans ce tableau pas très rose : « La pyramide des âges des journalistes est telle qu'il y aura un renouvellement, assure Alain Chanel, du Cuej. Mais à quel rythme et sous quelles conditions, personne ne peut le dire... » - Ferdinand Kerssenbrock

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